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Oui, mon commandant d’Amadou Hampâté Bâ : Quand l’obéissance devient une violence silencieuse

Seti GALI janvier 27, 2026
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Parfois, la domination ne crie pas.
Elle ne frappe pas.
Elle ne menace même pas.

Elle se glisse dans une phrase courte, apparemment anodine, répétée jour après jour, jusqu’à devenir un réflexe :

« Oui, mon commandant. »

Dans cet ouvrage majeur, Amadou Hampâté Bâ nous plonge au cœur de l’administration coloniale française en Afrique de l’Ouest. Pas à travers des discours idéologiques ou des analyses théoriques, mais par le quotidien, l’absurde, les petites humiliations ordinaires.

Oui, mon commandant est un livre calme.
Et c’est précisément ce calme qui le rend profondément dérangeant.


Amadou Hampâté Bâ : du monde de la parole à celui de l’administration

Oui, mon commandant s’inscrit dans la continuité directe de Amkoullel, l’enfant peul. Là où le premier livre racontait l’enfance, la transmission orale et la sagesse africaine, celui-ci marque une rupture brutale.

Amadou Hampâté Bâ entre dans l’âge adulte et devient agent de l’administration coloniale française. Il travaille au sein même du système qui domine politiquement, culturellement et symboliquement son peuple.

Ce positionnement est fondamental :
Hampâté Bâ n’écrit pas depuis l’extérieur, mais depuis l’intérieur du dispositif colonial.

Son regard est celui d’un homme instruit, lucide, attentif, qui observe les rouages d’un système prétendument civilisateur, mais profondément déshumanisant.


« Oui, mon commandant » : le poids d’une formule

Le titre du livre résume à lui seul toute la violence du système colonial.

Dire « Oui, mon commandant », ce n’est pas :

  • comprendre,
  • adhérer,
  • approuver.

C’est se soumettre.

Dans le récit, cette formule devient une réponse automatique, attendue, exigée. Elle incarne une hiérarchie rigide où l’Africain n’est pas censé réfléchir, mais obéir.

Dire non expose à :

  • des sanctions administratives,
  • des mutations punitives,
  • des humiliations publiques,
  • une mise à l’écart sociale.

Dire oui devient alors une stratégie de survie.

Hampâté Bâ montre ainsi que la domination coloniale ne repose pas uniquement sur la violence physique, mais sur une violence bureaucratique, silencieuse, quotidienne, répétitive.


L’ironie comme forme de résistance

L’un des aspects les plus puissants de Oui, mon commandant réside dans son ton.

Amadou Hampâté Bâ ne crie jamais.
Il ne se pose pas en victime.
Il raconte.

Il décrit des commandants convaincus de leur supériorité, incapables de comprendre les réalités locales, donnant des ordres absurdes avec une assurance totale.

Le lecteur sourit parfois… avant de comprendre que ce sourire est amer.

L’ironie devient ici une arme intellectuelle. Une résistance discrète, mais redoutablement efficace.

En laissant parler les faits, Hampâté Bâ révèle l’absurdité du pouvoir colonial bien plus efficacement qu’un discours frontal.


Obéir sans se perdre : un dilemme moral

Ce livre dérange parce qu’il nous oblige à sortir des visions simplistes.

Le colonisé n’est pas présenté comme passif ou dépourvu de conscience. Il est pris dans un système verrouillé, où chaque choix comporte des conséquences lourdes.

Dire « oui » ne signifie pas toujours renoncer à sa dignité. Cela peut aussi être :

  • une patience stratégique,
  • un moyen de protéger les siens,
  • une manière de rester debout sans se briser.

Hampâté Bâ ne glorifie pas la soumission. Il montre simplement la complexité morale de la domination coloniale.

La résistance n’est pas toujours spectaculaire. Elle peut être silencieuse, intérieure, calculée.


Un livre toujours actuel

Oui, mon commandant ne parle pas uniquement du passé colonial.

Il interroge des mécanismes toujours présents :

  • les hiérarchies injustes,
  • le pouvoir bureaucratique,
  • l’obéissance imposée,
  • la peur des conséquences.

Aujourd’hui encore, combien de fois disons-nous « oui » par crainte de perdre un emploi, un statut, une sécurité ?

Ce livre nous pose une question universelle et inconfortable :

À partir de quand obéir, c’est se trahir ?


Ce qu’il faut retenir

Oui, mon commandant est :

  • un témoignage historique majeur,
  • une critique fine du colonialisme,
  • une réflexion profonde sur le pouvoir,
  • une leçon de dignité silencieuse.

Amadou Hampâté Bâ nous montre que la résistance ne passe pas toujours par le refus frontal, mais parfois par l’intelligence, l’observation et la mémoire.


Conclusion

Les Cultivés,

Ce livre nous rappelle que le pouvoir le plus dangereux n’est pas toujours celui qui frappe, mais celui qui habitue à dire « oui ».

Lire Oui, mon commandant, c’est apprendre à reconnaître les formes modernes de domination, et à interroger notre propre rapport à l’obéissance.

La dignité commence parfois dans le silence… mais elle ne disparaît jamais.


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Sources

  • Amadou Hampâté Bâ, Oui, mon commandant, Actes Sud
  • Amadou Hampâté Bâ, Amkoullel, l’enfant peul
  • Archives UNESCO sur l’administration coloniale en Afrique
  • Entretiens et conférences d’Amadou Hampâté Bâ
Seti GALI
Seti GALI

Créatrice de contenu, vulgarisatrice et passionnée de culture générale, je décrypte chaque semaine l’actualité, les livres, les grands débats, la politique… et tout ce qui nourrit notre compréhension du monde. Mon objectif ? Rendre la culture générale accessible à toutes et à tous, sans jargon, sans raccourcis.
Sur ma chaîne YouTube, sur TikTok et ici sur ce blog, je vous invite à prendre le temps de mieux comprendre ce qui nous entoure — avec clarté, curiosité et esprit critique.
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Parce que comprendre le monde, c’est déjà commencer à le changer.

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